La soif par Assia Djebar (1957)

Certains font de ce livre l’un des meilleurs de son temps pour un premier roman. Le succès a été au rendez-vous et la presse littéraire c’est empressé de soutenir l’esprit sagement désobéissant et dissipé qu’infuse l’auteure à son héroïne Nadia. Personne ne s’est trompé, quoi de mieux qu’une plume transposant la pesanteur d’un propos ou la légèreté d’une envolée sans que cela ne paraisse par trop laborieux. Ou trop méthodique. Mais laissons les ont dit et la presse de côté et penchons-nous sur ce petit livre.

Nadia vient de rompre ses fiançailles qui l’étouffaient et se retrouve en vacances chez sa sœur qui la reçoit et la materne avec condescendance. L’ennui et la chaleur du climat sunset-3070729_1920.jpgalgérois rendent les jours identiques et les rêveries infertiles… Elle se lancera à la conquête d’un couple don tout l’attire, le mutisme de Djedla, le comportement d’Ali, ainsi que les échanges pleins de sarcasmes avec Hassein déjà prêt à tout pour elle.

C’est une jeune femme gâtée qui n’aime pas que quelqu’un lui glisse entre les doigts. Et pourtant durant cet été, l’inextinguible curiosité la faisant papillonner d’amitiés malmenées en sentiments confus en attrait, ou l’appétit de l’autre atteindra son paroxysme. C’est la soif.

Note : pour en savoir plus lire remue.net / Le cercle des amis d’Assia Djebar /Wikipedia

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Tartarin de Tarascon, ah souvenir !

Personnage désormais célèbre dans la littérature française, c’est un vrai plaisir de le relire, et de le redécouvrir. Car si vous l’aviez lu comme moi durant l’enfance ou l’adolescence, il est possible que vous passiez à côté du Tarasconnais, finalement plus épais que sa légende si légère. L’histoire raconte comment l’homme le plus aimé de la ville de Tarascon va devoir sortir de ses aises pour tenter de rester aux yeux de tous le grand Tartarin. Tâche difficile d’après la malicieuse description qu’en fit A.Daudet. Et c’est ainsi que la perception tarasconnaise de la vie sans souci don il est le fier ambassadeur se retrouve en prise avec la dure réalité.tartarin03.jpg

Ce livre, court, possède plusieurs épines propres à son temps et finalement inaliénables. A. Daudet peint dans cette satire, l’homme du sud dans toute sa virilité locale, mais l’œil extérieur par lequel l’auteur nous invite à côtoyer ce petit monde fait semblant de déconstruire un mythe, celui de Tartarin et de l’unanimité autour de ses prestations, puisqu’il théâtralise à l’excès chaque apparition pour un public conquis d’avance.

Reprenons. Notre héros, célibataire, est un sédentaire du cru. Voyageant par les livres et chassant, arme aux poings les caprices de son esprit trop fertile. La matérialisation de l’une d’entre elles, dans un cirque de passage, un lion, dans son fief, l’obligera à partir chasser ce grand fauve en Afrique pour préserver son aura dans sa ville, trop bavard qu’il fut, il est désormais convié à faire ses preuves. À chaque étape, l’auteur ne le lâche pas en le dévalorisant autant qu’il le peut dans des petites comparaisons incisives, rappelant la blessure narcissique qui l’obligea à plier bagage bien malgré lui.

Alphonse Daudet se mmedia.pngoque des ces moeurs n’ayant pas triomphé de grand-chose, mais qui compte sur l’indulgence et l’indigence des oreilles rurales capables de diffuser la bonne nouvelle d’un homme important dans l’arrière-pays, une époque (19°S) ou quelques habiletés assuraient encore une réputation, en brossant et déconstruisant le Tartarin de Tarascon, il s’attaque à ce gargarisme très français en donnant au héros un caractère niais quoique vif d’esprit que dans ses élucubrations, et affligé d’une mentalité coloniale et xénophobe. Il sera d’ailleurs bousculé dans ses principes tout au long de son voyage.

D’où lui vient sa si forte identité, celle du « tueur de lions » ? Elle est clairement citée, c’est Jules Gérard. Personnage réel d’une période où l’Afrique fut, durant la colonisation, le terrain de jeu d’une élite civile et militaire, il s’en est donc fortement inspiré pour le tourner en ridicule. De plus, si vous connaissez les références qu’il utilise, qu’il cite explicitement (Matamore, Sancho, don Quichotte, Teur (Turcs), Cervantès , les milles et une nuits , etc. ) vous saisissez ou il veut nous emmener, les références sont comme un fil conducteur pour donner plus de profondeur à la satire. Car la localisation de départ du roman, à Tarascon, elle aussi n’est pas anodine. Puisqu’ à Tarascon on chasse la tarasque un animal imaginaire, ce choix de l’auteur est alors limpide.

Ce livre fut mal accueilli par la critique locale lors de sa sortie, rendez-vous compte faire des Tarasconnais des 

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chasseurs de casquettes croyants que les lions attendent l’aventurier dans l’Atlas…Par la suite, on a attribué à se livre la tâche de donner goût aux enfants à la lecture. Bien. Pourquoi pas. Mais Alphonse Daudet n’écrivait pas pour les enfants. Le remettre à un niveau plus adulte et la farce devient acide, très acide même.

En convoquant de nouveau les références le doute n’est pas permis sur l’œuvre, le remettre à un niveau plus adulte et son contenu se déploie enfin.

 Liens :

Alphonse Daudet, sa page wikipedia FR

Paul Arène, sa page wikipedia FR 

 

 

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